Comment je photographie en canyon

Positions acrobatiques :

La photographie de canyons telle que je la pratique est extrêmement laborieuse et mérite un petit avertissement : si vous n’êtes pas un canyoniste émérite, et que vous pensez qu’il suffit de se faire promener par des guides, vous n’irez pas bien loin. Faire de la photographie en canyons, implique non seulement de bonnes connaissances en photographie, mais également une grande aisance en canyonisme. Le choix de points de vue efficaces m’oblige souvent à des escalades ou des positions acrobatiques et épuisantes, où je regrette de n’avoir que deux mains. Pour atteindre ces points de vue, il faut parfois poser des cordes et des amarrages ailleurs que ceux utilisés pour le franchissement des obstacles. Pour ne pas ralentir le groupe qui m’accompagne, j’ai pris l’habitude de partir seul devant, afin d’être déjà installé quand mes coéquipiers arrivent. Etant déjà lourdement chargé par le matériel photo, j’utilise des techniques de progression légère qui exigent une connaissance particulière et une vigilance accrue. Il m’arrive également de faire des canyons en solo (ce qui serait une pure folie pour qui n’a pas une très grande familiarité avec le milieu). Ayant été instructeur en spéléologie et en spéléo secours, puis moniteur en canyonisme, j’ai acquis un solide bagage technique sans lequel je n’aurais pas pu faire le dixième des photos de mes livres.

 Installation :

Chaque fois que je repère une zone intéressante, je cherche le meilleur point-de-vue. Ensuite, j’enlève ma veste néoprène et mon casque pour ne pas dégouliner sur ma valise, je pose ma valise en équilibre quelque-part (ou je la suspend sous moi), je me sèche les mains et le visage avec un torchon, je déploie mon trépied et je galère pour réussir à le stabiliser sur ces rochers glissants et accidentés. Je travaille toujours sur trépied. Les cadrages peuvent être très précis, et il permet les pauses longues pour compenser le manque de lumière.

Réglages :

Les pauses longues qui donnent aux cascades cet effet de « filé » durent 1/3 de seconde minimum, et parfois jusqu’à 30 secondes quand il fait très sombre. Je travaille souvent aux alentours d’une ouverture de diaphragme de f:11 pour avoir une grande profondeur de champ sans pour autant souffrir de la diffraction qui devient vraiment visible à f:22.

Matériel utilisé :

Durant ces 14 années de prises de vues, entre 2000 et 2014, j’ai utilisé différents appareils photo non étanches, transportés dans des valises étanches. Il s’agit des boîtiers Canon EOS 1v, puis 5D, puis 5D Mark II, et du moyen format Mamiya 645 AFD. Par maladresse, j’ai noyé un EOS 1v, puis un 5D Mark II. Les accidents, ça n’arrive pas qu’aux autres.

 Accessoires :

J’utilise parfois un carton noir comme pare-soleil supplémentaire afin d’éviter au maximum le « flare », ces reflets sur l’objectif responsables d’un effet de brume et des anneaux de Newton qui l’accompagnent. Le pare-soleil est un accessoire précieux qui peut aussi protéger des embruns.

Le soleil est un grand ennemi du photographe : il donne des ombres dures et des contrastes sans nuances. La grande majorité de mes photographies bénéficie d’un ciel voilé ou d’une lumière indirecte, réfléchie par les parois du canyon. La pluie est souvent une alliée : elle lave les roches et la végétation. Il m’est arrivé de gicler la roche volontairement pour revivifier ses couleurs. Pour protéger mon appareil de la pluie ou des embruns, je me sers d’un mini-parapluie hyper léger qui rentre dans mon bidon étanche 6 litres.

Les combinaisons en néoprène sont noires pour la plupart. Elles se fondent sur la roche et on les aperçoit mal. Pour cette raison, j’ai acheté 4 sur-combinaisons et deux vestes de différentes tailles et de couleur vive, jaunes ou rouge, pour habiller mes modèles. Comme ces sur-combinaisons sont inconfortables, je les transportent parfois dans mon sac et n’habille mon modèle qu’une fois arrivé sur le lieu de la prise de vue. Je demande à mes modèles de ne plus bouger durant la longue exposition. Il m’a fallu plusieurs années avant de réussir à les diriger de sorte à ce que leur pose ne paraisse pas trop artificielle.

La qualité ne découle pas de la quantité :

Plus les années passent et plus mes séances photo sont rapides. Je prends moins de photos, quelque fois pas du tout, mais la proportion des réussites est plus élevée. En 1 mois de voyage, je dépasse rarement les 100 photos. De nos jours, chacun a son compact étanche ou sa Go Pro. Mon conseil serait le suivant : au lieu de faire mille photos, faites-en cinquante, et contentez-vous d’en montrer vingt. C’est un jeu exigeant qui vous permettra de comprendre que la qualité n’est pas proportionnelle à la quantité, bien au contraire. Vous verrez, l’émotion est plus intense aussi.